PROSA — la ligne éditoriale et les réseaux sociaux
Deux comptes créés à zéro pour un jeu qui n'existait pas encore, et un problème que je n'avais pas vu venir : parler à des collégiens de 14 ans et à des collectivités sur le même feed, sans que l'un ridiculise l'autre. 33 publications et une charte éditoriale écrite à quatre pour tenir cette ligne.
Contexte
PROSA, le serpent à sept têtes, c'est un jeu de plateau narratif couplé à de la réalité augmentée. Le sujet : les mythes, les légendes et le patrimoine de la Corse et de la Provence. Le projet est porté conjointement par le département MMI de l'IUT de Toulon et celui de l'Università di Corsica à Corte, avec une trentaine d'étudiants de BUT 3 sur les deux territoires, dans le cadre de la SAÉ 5.Strat-UX.01. Trois valeurs ont été posées au départ et elles ont tenu tout le semestre : la transmission d'un patrimoine, la coopération entre les deux groupes, le partage d'un moment de jeu. Le jeu lui-même est bâti sur la coopération — les joueurs de Toulon et de Corse avancent ensemble contre l'organisation Prosa.
Le dossier de stratégie existait : cibles, piliers éditoriaux, objectifs SMART, plan d'actions en quatre phases. Cette fiche-là ne parle pas du dossier. Elle parle de ce qui vient juste après, la partie où il faut arrêter de planifier et commencer à publier. Concrètement : deux comptes, Instagram et TikTok, créés à zéro. Pas d'audience héritée, pas un euro de budget publicitaire — le business plan d'influence à 6 020 € faisait partie de l'exercice fictif, pas du réel.
Et une difficulté de départ dont je n'avais pas mesuré le poids : au moment où il fallait commencer à publier, on n'avait rien à montrer. Pas d'identité graphique arrêtée, pas de prototype présentable, pas de visuel de plateau. Communiquer sur un produit qui n'existe pas encore, ça ressemble beaucoup à communiquer sur du vide, et il a fallu trouver de quoi remplir les premières semaines sans mentir sur l'avancement.
La contrainte vraiment structurante, celle qui a occupé le plus de temps, est ailleurs. Ces deux comptes devaient servir deux publics qui n'ont rien à voir. D'un côté les joueurs — des collégiens de 12 à 17 ans, qu'on va chercher avec du tutoiement, de l'humour et un univers post-apocalyptique. De l'autre l'acquisition institutionnelle — des collectivités, des musées, des structures culturelles, sans lesquelles un projet patrimonial étudiant n'a ni relais, ni salle, ni argent. Ces deux publics regardent le même feed. Il n'y avait pas de mur entre eux, et pas de budget pour en construire un.
Ma part, dans ce lot : la double ligne éditoriale, la charte écrite à quatre, et la production des contenus. 33 publications au total sur Instagram et TikTok.
Démarche
Hiérarchiser les cibles avant d'écrire une seule ligne
Le plan de communication listait beaucoup de monde : les 11-15 ans, les 15 et plus, les amateurs de jeux, les parents, les profs et les écoles, les partenaires, les institutions, la recherche. Une liste, ce n'est pas une hiérarchie, et tant qu'on ne hiérarchise pas, on n'arbitre rien. On a donc resserré en quatre cercles, avec un ordre assumé.
Cible principale : les collégiens, 12 à 17 ans. Ce sont eux qui jouent, et sans eux le reste ne sert à rien. Cible secondaire : les parents, parce qu'à cet âge-là ce n'est pas le joueur qui sort la carte bleue. Cible tertiaire : les enseignants, documentalistes et médiateurs, qui sont le seul moyen de faire entrer le jeu dans un CDI ou dans une séquence d'histoire. Et un quatrième cercle à part : les institutions, musées et collectivités. Celui-là, on ne le séduit pas, on le convainc. C'est une différence de nature, pas de degré.
Cette hiérarchie a fonctionné comme un juge de paix. À chaque désaccord sur le ton, la règle était : c'est la cible principale qui gagne. Les autres, on va les chercher autrement.
La charte éditoriale, écrite à quatre et refaite plusieurs fois
On s'y est mis à quatre. Je pensais naïvement que ça prendrait une séance. Ça en a pris plusieurs, avec des allers-retours, et la première version n'a survécu à rien.
Le problème, ce n'est pas que les gens ne sont pas d'accord. C'est qu'ils croient l'être. Quand on écrit « ton dynamique, jeune, immersif », tout le monde valide, tout le monde hoche la tête, et personne n'a la même chose en tête. La preuve arrive au premier post : l'un sort une vanne franchement potache, l'autre une phrase de brochure d'office de tourisme, et les deux sont convaincus d'avoir respecté la charte. Un adjectif ne cadre rien.
On a donc inversé la méthode. Au lieu d'écrire les règles puis de produire, on a produit des exemples puis remonté aux règles. Concrètement : on prenait un post à faire, chacun en écrivait une version, on les mettait côte à côte, et là seulement le désaccord devenait visible et discutable. Trois légendes du même contenu, ça règle un débat en dix minutes là où une discussion abstraite tourne une heure.
Les points qui ont vraiment coincé, il y en a trois et je les cite parce qu'ils sont instructifs. Le tutoiement d'abord : acté vite, parce que la cible est jeune et que le vouvoiement aurait créé une distance dont on n'avait pas besoin. Mais le tutoiement entraîne des conséquences que personne n'avait anticipées — dès qu'on tutoie, on est engagé dans un registre familier, et il devient très difficile de publier un contenu sérieux sans que ça sonne faux.
L'humour ensuite. Tout le monde voulait de l'humour, personne n'avait la même limite. C'est le débat le plus long qu'on ait eu. On a fini par le trancher non pas en fixant un niveau, ce qui est impossible à écrire, mais en ajoutant une colonne « ce qu'on ne dit pas ». Les interdits sont beaucoup plus opérants qu'une consigne positive : il est plus facile de reconnaître une blague qu'on ne veut pas faire que de définir la blague qu'on veut faire.
Le troisième point, c'est la longueur. Une partie de l'équipe voulait du lore développé, des légendes racontées, du texte. L'autre voulait des accroches courtes. Les deux avaient raison sur leur terrain. On a tranché par le format et pas par le goût : le lore va dans le visuel ou dans la vidéo, où il est immersif ; la légende sert le contexte et l'appel à l'action, et elle reste courte. Ça a réconcilié tout le monde, parce que personne ne perdait son contenu, il changeait juste de support.
Le vrai problème : deux lignes sur les mêmes comptes
Voilà le nœud. Le ton qui accroche un collégien de 14 ans — tutoiement, humour, esthétique post-apocalyptique, montage rapide — c'est exactement le ton qui fait tiquer un chargé de mission culture d'une collectivité. Et le ton qui rassure une institution — vocabulaire patrimonial, mise en avant du volet pédagogique, formulations mesurées — c'est ce qu'un collégien scrolle en une demi-seconde. Ce ne sont pas deux nuances du même registre. Ce sont deux registres qui se décrédibilisent mutuellement.
Le risque est symétrique et c'est ce qui le rend piégeux. Trop institutionnel, on est ringards et on rate la cible principale. Trop ado, on passe pour un projet d'étudiants pas sérieux et on perd le seul cercle capable d'apporter un relais ou un financement.
La solution évidente, c'est deux comptes. On y a pensé. On l'a écartée, et je défends encore ce choix. D'abord parce qu'à quatre, en plus des cours, on n'avait pas la capacité d'alimenter deux dispositifs — un compte institutionnel publié une fois par mois est pire que pas de compte du tout. Ensuite et surtout parce que le compte joueurs est l'argument institutionnel. Ce qui rassure une collectivité, ce n'est pas de lire un texte sur la valorisation du patrimoine, c'est de voir un compte tenu, régulier, propre, avec une identité qui se déploie. Le fond du raisonnement tient en une phrase : pour une institution, la preuve n'est pas dans le discours, elle est dans la régularité. Un compte vivant démontre qu'il y a une équipe qui livre. Un compte institutionnel vide démontre l'inverse.
Comment on a séparé les deux lignes sans créer deux comptes
Puisqu'on ne séparait pas par le contenant, il fallait séparer ailleurs. On a séparé par le format et par le registre, avec deux règles simples.
Première règle : la ligne joueur est la ligne par défaut. Elle occupe le feed, elle donne la couleur du compte, elle tutoie. La ligne institutionnelle n'est pas une seconde ligne parallèle, c'est un sous-ensemble identifiable — les contenus « projet » et « coulisses ». Sur ceux-là, on abandonne le tutoiement pour un « nous » descriptif, on ne s'adresse plus à personne en particulier, et l'humour disparaît. Pas de vouvoiement non plus, qui aurait cassé la cohérence : on parle du projet, on n'interpelle pas.
Deuxième règle, et c'est celle qui a le plus servi : jamais de mélange à l'intérieur d'un même post. Un contenu appartient à une ligne ou à l'autre, jamais aux deux. Un post qui commence par une vanne et finit sur le rayonnement territorial, ça ne parle à personne. C'est le genre de compromis mou qui semble raisonnable en réunion et qui est illisible dans un feed.
Il y a aussi une conséquence qu'on a acceptée : puisque l'institution voit tout, y compris les contenus joueurs, ceux-ci ne peuvent jamais être bâclés. Le ton peut être jeune, la production doit être irréprochable. C'est là que la contrainte institutionnelle a servi à quelque chose de positif — elle a tiré le niveau d'exigence vers le haut sur des contenus qui, sinon, auraient pu partir en impro.
Et le meilleur cas, ce sont les contenus à double détente : ceux qui fonctionnent pour les deux lectures sans effort. Les photos des rencontres entre Toulon et Corte en sont l'exemple parfait. Un collégien y voit une bande de gens qui s'amusent ensemble. Une institution y voit une coopération inter-régionale qui existe vraiment. Même image, deux lectures, zéro compromis.
Les axes de contenu, et l'ordre dans lequel on les a sortis
Cinq axes, et un ordre qui n'est pas arbitraire :
- Le projet et les deux territoires. Le point de départ, celui qui fonctionne même quand on n'a rien à montrer. Corte et Toulon, deux patrimoines, un jeu qui les fait dialoguer.
- L'équipe, présentée progressivement. Au compte-gouttes, jamais en bloc. Mettre trente visages d'un coup, c'est un trombinoscope ; les sortir un par un, c'est un fil qu'on suit.
- Le public visé. Dire à qui s'adresse le jeu, ce qui sert autant à qualifier l'audience joueur qu'à rassurer un prof ou un médiateur sur la tranche d'âge.
- Les dumps photo des rencontres. Les déplacements entre les deux promos. Du contenu vivant, non scénarisé, à double lecture.
- La révélation de l'identité graphique. Gardée pour la fin, volontairement.
Cette dernière décision est la plus stratégique des cinq. L'identité graphique, c'était notre seule vraie carte : le logo, le serpent, le lettrage, l'univers visuel. La sortir en semaine deux, c'était la brûler à un moment où personne ne nous regardait encore. On l'a donc utilisée comme point culminant, après avoir installé le projet, l'équipe et les territoires. Le compte raconte quelque chose dans cet ordre-là ; dans l'ordre inverse, il ne raconte rien.
Produire : 33 publications, deux plateformes, deux logiques
33 publications au total sur Instagram et TikTok. Ce ne sont pas les mêmes contenus dupliqués. TikTok, c'est la vidéo verticale et la bataille des deux premières secondes — le plan visait 35 % de complétion, ce qui veut dire concrètement que si l'accroche rate, tout le reste est perdu. Instagram, c'est là où le carrousel permet de développer, de poser du texte, de faire lire quelque chose qui ne passerait jamais en vidéo courte.
Cette différence de format est devenue mon outil de séparation le plus efficace. Les contenus les plus institutionnels — le projet, les territoires, le dispositif pédagogique — sont partis en carrousels Instagram, parce que c'est exactement le format qu'un adulte prend le temps de faire défiler. Les contenus d'accroche et de lore sont partis en vidéo. La ligne éditoriale s'est retrouvée matérialisée par le format lui-même, ce qui la rend beaucoup plus facile à tenir qu'une règle écrite qu'il faut se rappeler.
Côté production, rien d'exotique : Canva pour le montage des visuels et des carrousels, en repartant des éléments d'identité produits sous Figma, publication et suivi directement dans les applications. Reprendre le travail graphique de quelqu'un d'autre, dans des formats qu'il n'avait pas prévus, demande plus de discipline qu'on ne croit — il faut comprendre ses intentions avant de commencer à déplacer des blocs.
Résultats
33 publications sur Instagram et TikTok, produites et publiées sur le semestre. Une charte éditoriale rédigée à quatre, retravaillée sur plusieurs versions avant validation, et utilisée ensuite comme référence par les autres personnes amenées à écrire pour le projet. Une double ligne éditoriale tenue sur les mêmes comptes, avec deux registres distincts et une règle de non-mélange qui a été respectée jusqu'au bout.
Le compte Instagram @prosa.mmi est en ligne, avec un linktr.ee qui redirige vers le site prosa.mmitoulon.fr et vers la campagne de précommande. Le dispositif fonctionne comme prévu sur le plan de la structure : les réseaux sont l'entrée, le site est la destination.
Un résultat plus qualitatif, mais qui compte pour moi : la séquence de contenus se lit dans l'ordre. Quand on remonte le feed, on voit le projet s'installer, l'équipe apparaître progressivement, les rencontres entre les deux promos, puis l'identité graphique arriver comme un point d'orgue. Ce n'est pas un empilement de posts, c'est un arc. C'était l'objectif de la scénarisation et il est atteint.
Ce que je ne peux pas chiffrer, et je préfère le dire. Le plan de communication fixait des indicateurs précis — plus 30 % de portée à 60 jours, plus 20 % d'engagement, plus 25 % de clics vers le lien, un taux de complétion vidéo d'au moins 35 %. Je n'ai pas de relevé de ces chiffres. Ni la portée, ni l'engagement, ni les clics, ni le nombre d'abonnés à une date donnée. Les KPI ont été écrits, ils n'ont pas été suivis. Je ne vais pas sortir des chiffres approximatifs de mémoire pour faire joli sur une fiche de portfolio : la donnée n'existe pas, c'est un manque et il est de mon fait.
Sur la cadence, l'écart est mesurable et il est défavorable. L'objectif écrit était de douze contenus par mois, trois par semaine, sans semaine blanche. Le total final est de 33 publications. On était en dessous du rythme prévu, et ça se voit sur le calendrier — les creux correspondent aux périodes de rendus.
Ce que j’en retire
Auto-évaluation
Ce que je retire de PROSA, ce n'est pas d'avoir appris à publier sur Instagram. Ça, je savais faire. C'est d'avoir compris qu'une ligne éditoriale n'est pas un document, c'est un arbitrage permanent, et qu'un arbitrage ne se règle qu'en posant une hiérarchie à laquelle on accepte de se tenir quand ça devient inconfortable.
Le vrai apprentissage tient dans le problème des deux publics. Avant, j'aurais réglé ça en dupliquant : un compte pour eux, un compte pour les autres. C'est le réflexe, et c'est presque toujours une mauvaise idée quand on n'a ni budget ni équipe pour alimenter deux dispositifs. J'ai appris à chercher la séparation ailleurs que dans le contenant — dans le format, dans le registre, dans le calendrier — et à me servir de la même production pour deux lectures différentes. Un dump photo des rencontres Toulon–Corte, un collégien y voit une bande de gens qui s'amusent, un chargé de mission y voit une coopération inter-régionale qui fonctionne. Même image, deux lectures. Trouver ces contenus à double détente, c'est ce que je referai systématiquement.
J'ai aussi appris quelque chose sur l'écriture collective, et ce n'est pas ce que je croyais. Je pensais qu'écrire une charte à quatre serait un problème d'ego. En fait, le problème c'est le vocabulaire : quatre personnes qui disent oui au mot « dynamique » ne sont d'accord sur rien du tout. Le désaccord n'apparaît qu'au moment où on produit un exemple concret. Depuis, je ne commence plus par les principes, je commence par les cas — écrire trois versions d'un même post et voir laquelle fait grincer, c'est cinq fois plus rapide qu'une réunion de cadrage.
Sur le plan technique, je suis à l'aise avec la production courte, la déclinaison d'un contenu d'une plateforme à l'autre et le respect d'une identité visuelle que je n'ai pas dessinée moi-même. Ce dernier point m'a d'ailleurs demandé plus de discipline que prévu : reprendre le travail graphique de quelqu'un d'autre sans le déformer, dans un format qu'il n'avait pas anticipé, ça oblige à comprendre ses intentions avant d'ouvrir Canva.
Et puis il y a le côté simplement satisfaisant : un compte qui part de zéro et qui, à la fin, ressemble à quelque chose. Quand on scrolle le feed en entier, on voit une progression, un univers qui s'installe, une équipe qui apparaît. Ça n'était pas gagné en septembre, quand on n'avait ni identité arrêtée ni prototype à montrer.
Auto-critique constructive
Le premier reproche que je me fais, c'est l'écart entre la cadence écrite et la cadence tenue. Le plan disait douze contenus par mois, trois par semaine, zéro semaine blanche. On a fini à 33 publications sur l'ensemble de la période, sur deux plateformes. Faites le calcul : on n'y est pas. Et je connais la raison, elle n'a rien d'original — les semaines de rendus, les partiels, les périodes où toute l'équipe est sur autre chose. Un plan de publication qui ne prévoit pas les creux du calendrier universitaire est un plan qui va casser. Si je le refaisais, je constituerais un stock d'avance sur les formats qui ne périment pas — les contenus territoire, les cartes de lore, les présentations d'équipe — pour avoir de quoi tenir pendant les trois semaines où plus personne n'est disponible.
Deuxième reproche, plus gênant : je n'ai pas de chiffres propres. Je n'ai pas relevé la portée, l'engagement, le taux de complétion, ni le nombre de clics vers le linktr.ee, alors que le plan de communication fixait précisément ces indicateurs — plus 30 % de portée, plus 20 % d'engagement, plus 25 % de clics. On a écrit les KPI et on ne les a pas relevés. C'est le genre de trou qui se paie à l'oral, parce que je peux défendre mes arbitrages éditoriaux mais je ne peux pas dire s'ils ont marché. La leçon est simple et un peu vexante : un tableau de bord qu'on ne remplit pas ne sert à rien, et le moment de mettre en place le relevé, c'est avant la première publication, pas après la trentième.
Sur la double ligne elle-même, j'ai une réserve honnête. Je pense que le raisonnement est bon, mais je n'ai aucune preuve qu'il a fonctionné du côté institutionnel. Je n'ai pas de retour d'une collectivité disant « on a vu votre compte, ça nous a rassurés ». C'est une hypothèse de travail argumentée, pas un résultat mesuré. Il aurait fallu la tester autrement : montrer le compte à deux ou trois interlocuteurs institutionnels et écouter ce qu'ils en disent, même de façon informelle. Ça n'aurait coûté que quelques rendez-vous.
Enfin, la charte. On a bien fait de l'écrire, mais on ne l'a pas assez fait vivre. Rédigée à quatre, validée, puis rangée. À aucun moment on n'a organisé de relecture à mi-parcours pour vérifier qu'elle tenait encore face aux contenus réels. Or je suis certain qu'entre le vingtième et le trentième post, on s'en écartait sans s'en rendre compte, simplement par fatigue et par habitude. Une charte, ça devrait se réviser une fois en cours de route.
Continuité et développement personnel
La suite immédiate, c'est le reste du dispositif PROSA : le compte renvoie vers un linktr.ee, qui renvoie vers le site prosa.mmitoulon.fr et vers la campagne de précommande. Les réseaux n'étaient jamais une fin en soi, ils étaient l'entrée d'un tunnel. Ça change la façon dont on juge une publication : un post qui fait de belles vues sans jamais produire un clic est un post raté, même s'il est joli.
Sur le plan méthodo, la charte éditoriale de PROSA est le document que je réutilise le plus. Pas le fichier lui-même — la façon de le fabriquer. Écrire les exemples avant les règles, ajouter une colonne « ce qu'on ne dit pas », lever les mots creux en produisant un cas concret. Je l'applique maintenant à peu près partout où plusieurs personnes doivent écrire sous une même signature, y compris sur mes projets personnels et sur les contenus que je produis en dehors de l'IUT. C'est une méthode transférable, elle ne coûte rien et elle fait gagner des heures de réunion.
Le raisonnement sur la double ligne, lui, m'a servi ensuite comme grille de lecture. Dès que je vois une marque parler à deux publics différents, je regarde comment elle s'y prend : deux comptes, un seul, ou une séparation par format. Et je constate assez souvent que le dédoublement de comptes est un choix de confort, pas un choix stratégique, avec un compte vivant et un compte fantôme au bout de six mois.
Enfin, le trou que j'ai identifié — les KPI écrits mais jamais relevés — a directement changé ma façon de démarrer un projet éditorial. Aujourd'hui, la première chose que je mets en place, avant la première publication, c'est le tableau de relevé et la date à laquelle je vais le remplir. Ça paraît bête. C'est exactement ce qui manque à cette fiche pour être complète, et c'est pour ça que je le retiens.
Compétences mobilisées
6 apprentissage(s) critique(s) rattaché(s) à cette réalisation.
Identifier les cibles (critères socio-économiques, démographiques...)
ComprendreAvant d'écrire, on a hiérarchisé quatre cercles de public, et cette hiérarchie a servi d'arbitre pendant tout le reste. Les collégiens de 12 à 17 ans sont la cible principale, parce que c'est eux qui jouent. Les parents viennent après, en prescripteurs, parce qu'à cet âge ce n'est pas l'enfant qui achète. Les enseignants, documentalistes et médiateurs constituent le troisième cercle : ce sont eux qui peuvent faire entrer le jeu dans un CDI ou dans une séquence d'histoire. Les institutions, musées et collectivités forment le quatrième, et c'est le seul qu'il faut convaincre plutôt que séduire, parce que c'est de là que viendraient un financement ou une légitimité. Cette hiérarchie n'est pas une décoration de dossier : c'est elle qui a tranché quand on a hésité sur le ton, puisqu'en cas de conflit c'est la cible principale qui gagne et les autres qu'on va chercher par d'autres formats. Le plan de communication distinguait aussi les amateurs de jeux comme relais de bouche-à-oreille, et on a gardé cette idée pour choisir quoi mettre en avant sur les mécaniques.
Écrire pour les médias numériques
ExprimerToute la fiche repose sur de l'écriture pour écran : légendes Instagram, accroches TikTok, textes de carrousels, et surtout la charte qui fixe comment on écrit. J'ai dû écrire pour un support où la première ligne décide de tout — sur TikTok, si la phrase d'ouverture ne tient pas, le reste n'est jamais lu, et notre objectif de complétion était fixé à 35 %. Concrètement, ça m'a obligé à sortir du réflexe « je rédige un beau paragraphe » : le lore part dans le visuel ou dans la voix off, la légende ne sert plus qu'à donner le contexte et le CTA. La preuve que c'est de l'écriture et pas de la mise en forme, c'est le moment où on a arbitré la longueur des légendes : trois versions du même post, lues à voix haute, et on garde celle qui survit au pouce qui scrolle. J'ai aussi dû écrire deux registres différents sur le même compte — tutoiement direct pour les joueurs, « nous » plus neutre pour les contenus projet — sans que la marque ait l'air schizophrène. C'est cet écart de registre maîtrisé, plus que le volume, qui montre que j'ai écrit pour le média et pas juste dans le média.
Mettre en place une présence sur les réseaux sociaux
ConcevoirLes comptes ont été montés depuis rien : pas d'audience héritée, pas de budget publicitaire, pas de produit fini à montrer au démarrage. Mettre en place une présence, dans ces conditions, c'est d'abord décider quoi publier quand on n'a encore rien — d'où les axes projet, territoires et équipe placés en tête, avant la moindre image du jeu. C'est ensuite fixer une cadence tenable et s'y tenir, le plan visait trois contenus par semaine avec zéro semaine blanche. C'est enfin choisir les plateformes en fonction des cibles et pas de nos préférences : TikTok pour aller chercher des collégiens qu'on ne recruterait jamais ailleurs, Instagram parce que c'est le compte qu'un adulte, un prof ou un chargé de mission ira consulter en premier pour se faire une idée du sérieux du projet. La présence a été pensée comme un système : les comptes renvoient vers un linktr.ee, qui renvoie vers le site prosa.mmitoulon.fr et vers la précommande. Ce n'est pas une accumulation de posts, c'est un dispositif avec une entrée et une sortie.
Imaginer, écrire et scénariser en vue d'une communication multimédia ou transmédia
ExprimerLa charte éditoriale n'est pas une liste de règles typographiques, c'est un scénario de sortie. On a défini cinq axes et surtout l'ordre dans lequel ils devaient tomber : le projet et les deux territoires d'abord, l'équipe ensuite au compte-gouttes, le public visé, les dumps photo des rencontres Toulon–Corte, et l'identité graphique gardée pour la fin. Cet ordre n'est pas décoratif : révéler le logo trop tôt aurait grillé la seule vraie carte qu'on avait, et présenter l'équipe avant le projet aurait donné un compte d'étudiants au lieu d'un compte de jeu. J'ai raisonné en arc narratif sur un semestre, avec un avant et un après pour la révélation graphique, en repartant du découpage teasing / immersion / engagement / conversion posé dans le plan de communication. Le fait que l'univers du jeu soit lui-même narratif — des légendes corses et provençales relues dans une esthétique post-apocalyptique — rendait cette scénarisation obligatoire : on ne pouvait pas balancer les contenus dans le désordre sans casser le monde. C'est de la scénarisation de communication, pas de la programmation de posts.
Réaliser, composer et produire pour une communication plurimédia
ExprimerLes 33 publications ne sont pas 33 fois le même fichier exporté deux fois. Instagram et TikTok ne demandent pas la même chose : sur TikTok tout se joue sur la vidéo verticale et l'accroche des deux premières secondes, sur Instagram le carrousel permet de développer, de poser du texte, de faire lire un contenu de projet qui ne passerait jamais en vidéo courte. J'ai produit en tenant compte de ça, et c'est même devenu un outil de séparation des deux lignes éditoriales : les formats les plus institutionnels sont partis en carrousel Instagram, les contenus d'accroche en vidéo TikTok. La chaîne de production était réelle et modeste — visuels montés sous Canva, calés sur les éléments d'identité produits dans Figma, publication et suivi directement dans les applications. Il a fallu tenir une cadence sur la durée, ce qui est le vrai coût d'une production plurimédia : ce n'est pas difficile de faire trois beaux posts, c'est difficile de ne pas laisser un trou de trois semaines en pleine période de rendus. Le compte @prosa.mmi et le linktr.ee associé sont la trace de cette production.
Adopter et justifier une démarche originale et personnelle dans ses productions
ExprimerLe choix que je défends ici, personne ne me l'avait demandé : faire cohabiter deux lignes éditoriales sur les mêmes comptes au lieu de créer un compte « joueurs » et un compte « institutions ». La solution du dédoublement était sur la table et elle était plus confortable. Je l'ai écartée parce qu'un compte institutionnel avec 40 abonnés n'aurait convaincu aucune collectivité, alors qu'un compte vivant, tenu, régulier, est en soi l'argument qu'on veut montrer à une institution. J'assume la conséquence : ça m'a obligé à un travail de dosage beaucoup plus fin, contenu par contenu, et à accepter qu'un chargé de mission culture voie passer nos vidéos post-apocalyptiques. Je peux justifier chaque arbitrage — pourquoi le tutoiement reste, pourquoi il ne porte pas les mêmes contenus, pourquoi l'humour a une limite écrite dans la charte. C'est une position discutable et je préfère la présenter comme telle plutôt que de faire croire qu'elle allait de soi.
